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Au milieu du siècle dernier, les chasseurs Gaillard et Maye revenaient bredouilles d'une chasse au chamois. Que voulez-vous ? Le gibier passait toujours hors de portée des fusils. Puisqu'ils se trouvaient à la montagne, ils s'avisèrent de rendre visite aux pâtres, à l'effet d'en rapporter des nouvelles aux parents et connaissances à leur descente au village.
Ils s'acheminèrent d'abord vers l'endroit, où paissaient les moutons, nombreux à cette époque.
« Eh, bien ! vous profitez assurément du bon air des forêts par ce temps idéal. En plaine, l'on grille. » A ces questions, ils ne reçoivent que des réponses évasives, embarrassées... « On vous apporte les provisions nécessaires. Dans les environs, vous vous sentez en nombre suffisant pour vous défendre en cas d'agression. Qu'y a-t-il, pour nous répondre de la sorte ? »
Pressés par des interlocuteurs décidés à connaître la vérité, les pâtres avouèrent enfin que, depuis quelques jours, ils trouvaient, chaque matin, deux ou trois brebis saignées dans le parc.
« Pourtant, nous faisons la ronde vers le soir, et nous montons avec soin la garde autour du troupeau, la nuit entière... Pas un bruit, pas une alerte dans ces parages. Malgré notre vigilance, malgré nos fatigues, nous devons constater journellement de nouvelles victimes. Vraiment, c'est à n'y rien comprendre. »
Partageant leur tristesse, nos deux visiteurs songeaient à venir en aide à leurs infortunés compatriotes. Ils parcoururent à cet effet les environs, fouillèrent les taillis, battirent les fourrés, étudiant chaque repli de terrain. Rien, toujours rien... Cependant, l’embarras du personnel, la diminution des bêtes ne permettaient pas de douter de l’exactitude du récit.
Tandis qu'un chasseur continuait à s'entretenir avec les bergers, l’autre, par hasard, porta ses regards sur un sapin isolé du plateau. Il remarqua alors, en plusieurs endroits, des traînées de sang sur le sol et même sur l'écorce de l'arbre. Voilà un indice, pensa-t-il. Il se retira de quelques pas pour essayer de fouiller les branches du géant... Ses yeux distinguèrent alors le pelage d'un fauve qui se cachait dans la verdure. Sans bruit, il réussit à attirer son compagnon.
« Vois-tu cet animal ? On dirait un gros renard. »
« Mais un renard ne grimpe pas sur les arbres. Reste ici de planton pour ne pas permettre à la bête de descendre. J'ai laissé mon arme à deux pas. »
Epaulant, il envoya alors de flanc une décharge à l'indésirable.
Mortellement blessé, l'animal dégringola de branche en branche, pour s'abîmer sur le sol en vomissant des flots de sang.
Il avait fait déjà une douzaine de victimes, descendant furtivement la nuit de sa cachette, pour réintégrer son gîte après s'être copieusement repu. Ne fallait-il pas mettre fin à ses exploits sanguinaires ?
Restait à identifier le malfaiteur. On ne pouvait l'assimiler à un loup ; encore moins à un renard. Qu'était-ce ? Et les acteurs de cette scène tournaient autour, examinant le fauve. Ils se perdaient en conjectures.
Ils finirent par apprendre qu'il s'agissait d'un loup-cervier, le dernier aperçu dans la région.
D’après Tamini, Délèze et de Rivaz« Essai d’histoire du district de Conthey »
Extrait de « Récits, contes et légendes d’Ardon, Chamoson et Leytron » Editions à la Carte, 2003
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